Sabrina Akpinar, championne de karaté

À la croisée des chemins

À 19 ans, Sabrina Akpinar est la figure de proue du karaté féminin alsacien. Elle vise une place en équipe de France senior, mais doit aussi mener de front ses études de médecine. Une équation compliquée.

Sabrina Akpinar mène de front études et karaté. Photo DNA – Jean-Christophe Dorn

Sabrina Akpinar mène de front études et karaté. Photo DNA – Jean-Christophe Dorn

Sabrina Akpinar, c’est ce qui se fait de mieux dans le karaté féminin alsacien. Médaillée de bronze au dernier championnat d’Europe kumité espoir, elle est tout simplement la première Alsacienne à avoir réussi à intégrer l’équipe de France espoir.

La reconnaissance d’années de travail pour celle qui s’est tournée vers le karaté à l’âge de huit ans, suivant les traces de son père, à Bischwiller.

À l’époque, il n’avait pas fallu longtemps à celui qui est toujours son professeur, Pascal Heitz, pour flairer un gros potentiel.

« Elle avait cette agressivité, cette volonté d’aller vers l’avant qui font les champions. Au bout d’un an, je l’ai envoyée faire ses premières compétitions. D’entrée, elle a gagné l’Open du Bas-Rhin poussine, est montée sur le podium de l’Open d’Alsace et a réussi à se qualifier à l’interrégional. Je n’avais jamais vu ça », lâche le coach 6e dan.

À l’interrégional, la jeune fille gagne son premier combat, avant que tout ne bascule.

« Pour le combat suivant, les organisateurs m’ont tout simplement oubliée ! J’étais dégoûtée. J’ai décidé d’arrêter le karaté et d’aller jouer au foot avec mon frère », raconte-t-elle.

« J’avais les boules », se souvient Pascal Heitz qui voit sa protégée lui échapper pendant trois ans. « Au foot, j’étais la seule fille, un vrai garçon manqué. Quand je n’ai plus pu jouer en équipe mixte, je suis revenue au karaté. Jouer chez les filles, c’était hors de question », se marre Sabrina Akpinar.

« J’en avais les larmes aux yeux »
Au fil des combats, la jeune femme, discrète et très travailleuse, va alors commencer son ascension. En 2013, elle finit deuxième de la Coupe de France zone Nord junior à Paris et survole toutes les compétitions locales.

En décembre 2014, son entraîneur décide de la présenter en Coupe de France senior kumité -55 kg, face aux meilleures Françaises.

« En général, lors d’une première participation, on se prend une tôle. Elle finit troisième », s’exclame Pascal Heitz. « Pour la première fois, j’ai réalisé que je venais de faire une grosse performance », complète Sabrina Akpinar.

Tout va alors s’accélérer. Quinze jours plus tard, l’Alsacienne remporte la Coupe de France espoir et est contactée par la Fédération pour intégrer le Pôle France, avec un premier stage à Montpellier.

Deux mois après, elle se rend à Zürich et monte sur la troisième marche du podium lors du championnat d’Europe espoir, sa meilleure performance à ce jour.

« On t’appelle, tu montes sur le podium, tu vois le public qui applaudit et les photographes, c’est fort. J’en avais les larmes aux yeux, se remémore-t-elle. Avant d’ajouter : «La compétition, se dépasser, c’est vraiment mon moteur. »

Une saison 2014/2015 magique sur le plan du karaté, moins côté universitaire. Venue dans la capitale alsacienne – où elle fréquente l’école de karaté de Strasbourg, l’une des plus grosses structures de la région – pour ses études, Sabrina Akpinar connaît un premier échec, classique, en première année de médecine.

L’étudiante retente donc actuellement sa chance, la dernière, sans possibilité de disposer de cours aménagés. « C’est dur, j’ai fréquemment des baisses de moral et des sautes d’humeur mais je sais que c’est un mauvais moment à passer », confie-t-elle. « Elle est très perfectionniste, parfois trop », complète Pascal Heitz.

Sur les tatamis, l’athlète enchaîne toujours les bons résultats, mais il y a quelques jours, juste après deux semaines de partiels réussis, elle est éliminée dès le premier tour de la Coupe de France espoir qu’elle avait gagnée un an plus tôt.

« Tout va se jouer dans les prochains mois »
« Je suis forcément très déçue, je visais la finale », lâche la karatéka. Cette première contre-performance en deux ans, l’empêche de disputer le championnat d’Europe. Une déception contrebalancée en partie par son résultat obtenu dimanche dernier, à l’Open de Paris, où elle accroche une belle septième place, face à 57 concurrentes venues de 28 pays.

Sabrina Akpinar le sait, elle a désormais quelques mois pour transformer l’essai avec un double objectif : valider son année de médecine et intégrer l’équipe de France senior en 2017.

« Les championnats de France tomberont à nouveau en même temps que mes partiels mais d’ici là, je vais pouvoir mettre l’accent sur mes études. Ensuite, il faudra bien gérer les derniers mois de 2016 et faire un gros résultat en Coupe de France pour être sélectionnée », pronostique-t-elle.

« Elle est en pleine progression. Ce qu’elle vient de faire à l’Open de Paris, qui est un peu le Roland Garros du karaté, c’est remarquable. Pour son intégration en équipe de France senior, tout se jouera dans les prochains mois. La concurrence est rude, mais j’y crois », conclut son coach, Pascal Heitz.

En attendant, la karatéka sera à Wintzenheim, dimanche, pour des championnats d’Alsace qu’elle devrait à nouveau enlever haut la main.

DNA du 27.01.2016

Comments are closed